Samedi, j'ai réservé un billet pour le tour "Escobar", le tour consiste en une visite guidée des places et bâtiments dans lesquels Pablo Escobar, le plus grand trafiquant de drogue de tous les temps a habité, travaillé et également là où il a été tué. Et le tour se termine par un passage au cimetière où l'on peut découvrir sa tombe.

 En soi, la visite de ces sites ne présente donc qu'un intérêt limité, mais heureusement avec les explications données par la guide, c'est tout autre chose... Le tour devient alors absolument passionnant!

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Carte d'identité du criminel

 Il faut savoir en effet que le trafic de drogue qui a eu lieu durant les années 80 avait fait de Pablo Escobar la 7e fortune mondiale, ce qui l'avait rendu intouchable et donc extremement dangereux. C'était l'époque où le cartel de Medellin, l'organisation pyramidale que Pablo Escobar contrôlait, détenait 80% de la production mondiale de cocaïne. Des milliers de personnes travaillaient pour Pablo durant cette période, il était alors très protégé et était difficilement accessible, mais par contre, de son côté, il pouvait tuer n'importe qui... A l'époque, un simple contrat pouvait être expedié pour uniquement 100 USD...

Petite anecdote qui permet de bien illustrer le climat de terreur de ce temps là : Il est arrivé qu'à la sortie d'un match de football où son équipe avait perdu, Escobar passablement énervé, décide de faire éxecuter l'arbitre par un de ses hommes, simplement parce qu'il le juge coupable d'une mauvaise décision... Cela fait froid dans le dos mais c'est ce types d'histoires, malheureusement vraies, qui ont permis de fomenter sa légende...

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Amulettes porte-bonheur portées par les tueurs à gage sur leurs pistolets

Pour mieux comprendre comment il en est arrivé là, petit retour en arrière : Tout a commencé en 1976, quand après avoir été un petit truand sans envergure, Pablo Escobar décide de se lancer dans le trafic de cocaïne à grande échelle. Son idée est brillante, car jusqu'à présent, le trafic ne se fait qu'à petite échelle. Quelques kilos tout au plus, traversent les frontières et les organisations sont multiples.

 Pablo Escobar, lui, en quelques années, va créer un empire de la drogue, son organisation va faire de lui, un des hommes les plus importants et les plus puissants de Colombie, si ce n'est le plus puissant. Il va en effet devenir rapidement milliardaire grâce à ses réseaux et surtout grâce aux milliers de tonnes de cocaïne qu'il exporte partout dans le monde.

 Et pour ça, tous les moyens sont bons, il se dote de sous-marins et s'achète une ïle (Norman Island) près des Etats-Unis pour exporter la drogue plus facilement sur le territoire américain. De plus, il crée des amitiés avec certains politiques,il négocie notamment des accords avec des dictateurs d'Amérique centrale pour que les cargaisons de drogues colombiennes transitent vers les Etats-Unis en toute quiétude via leurs territoires nationaux.

Et dans le même temps, il donne des millions aux classes populaires pour aider à la construction d'hôpitaux, d'écoles et de terrains de jeux à Medellin pour bénéficier de leur appui à l'échelle nationale. Ainsi, la population de Medellín lui était pour la plupart acquise. Elle cachait des informations à la police et faisait ce qu'elle pouvait pour le protéger. C'est ainsi qu'il devient intouchable dans un pays complétement corrompu. Sa devise de l'époque "Plata o Plomo" (littéralement, l'argent ou le plomb) montre bien son mode de fonctionnement car avant de faire tuer quelqu'un, il s'assurait toujours qu'il n'était pas corruptible...

 Et pendant ce temps là, les gens vivent dans la terreur, des bombes éclatent régulièrement un peu partout dans la ville car il y a souvent des réglements de compte entre les deux cartels (Cali et Medellin) qui contrôlent à eux deux, l'intégralité de la production de cocaïne mondiale. Et malheureusement, il y a toujours d'innocentes victimes au mauvais moment, au mauvais endroit... A cette époque, Medellin était sans aucun doute, l'une des villes les plus dangereuses du monde et vivre en Colombie était incroyablement risqué.

 Pourtant, cette époque de terreur n'a pas fait que des malheureux, bien au contraire... En effet, le trafic de cocaïne a profité à de nombreuses personnes en Colombie et certains se sont largement enrichi en toute discrétion, dans l'ombre de Pablo Escobar. Et puis une large majorité de ces personnes n'ont pas subi le même sort funeste que lui.

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Immeuble principal de résidence de Pablo dans les années 80, il y organisait de nombreuses soirées

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Un des bâtiments du centre-ville de Medellin dans lequel Pablo travaillait à blanchir son argent et à le recompter...

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Un autre bâtiment dans lequel il a travaillé

Autre détail amusant que nous explique la guide : Pour protéger leurs biens et leur patrimoine, les personnes qui travaillaient dans le milieu, achetaient des biens au nom de leur épouse ou au nom d'un cousin car en cas d'arrestation par la police, toutes leurs possessions étaient confisqués et devenaient propriété de l'Etat. Et l'histoire veut qu'un traficant soit allé jusqu'à donner un nom à son singe et à lui confier toute sa fortune. Cela lui a valu la célébrité avec le terme "Monkey business". La chanson de Michael Jackson du même nom est sans doute également issue de cette anecdote.

 

 Bref, avec la fortune qu'il a amassé, Pablo devient gourmand et ne peut s'empêcher de s'impliquer dans la politique de son pays. A ce moment là, le monde peut mettre un visage humain sur la corruption et le trafic de drogue en Colombie, et alors, plus personne ne peut ignorer qui est Pablo Escobar. Certains diront que c'est là, l'erreur fatale de Pablo. En effet, car seuls peu de personnes osaient combattre son organisation car c'est une attitude suicidaire dans un monde corrompu. Par contre, suite à son ascension politique, l'ensemble de ses ennemis va alors pouvoir concentrer tous leurs efforts sur sa personne. Et il va devenir de plus en plus difficile pour lui de se protéger, surtout lorsque les politiques colombiens et le gouvernement américain se décident à le combattre ouvertement. Et lorsque le ministre de la justice de l'époque est éxécuté après avoir oser dire publiquement que Pablo est un narco-traficant, cela va accélérer les choses contre lui.

 Escobar tentera aussi d'éxecuter le candidat à l'élection présidentielle qui compte combattre la corruption et le trafic de drogue car il mettrait son organisation en danger. Pour cela, il fera exploser un avion dans lequel il aurait du embarquer. Résultat : une centaine d'innocents ont été tués mais la cible n'était pas dans l'avion...

 

Après ce nouvel assassinat, l'administration commence à agir contre lui et son cartel de la drogue. Néanmoins, le gouvernement négocia avec Escobar, arrivant à le convaincre de se rendre et de cesser toutes activités criminelles en échange d'une peine réduite et d'un traitement préférentiel durant sa captivité.

 

Escobar finit donc par se rendre, il accepte de s'en remettre à la justice colombienne qui lui promet de ne pas l'extrader vers les États-Unis. Il est emprisonné dans une prison spécialequ'il a lui-même fait aménager selon ses désirs. Et malgré l'enfermement, l'activité criminelle d'Escobar continue de faire la une des journaux. Sa prison devient rapidement le nouveau QG du clan de Medellín. Quand les autorités se rendirent compte qu'Escobar continuait ses activités criminelles, il fut décidé de le transférer dans une autre prison mais Pablo aura le temps de s'enfuir.

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Pablo Escobar lorsqu'il est arrêté et emmené dans sa prison dorée

 Au final, tout cela finit par le marginaliser, il a trop d'ennemis et une partie croissante de la population ne le soutient plus. De plus, il devient la personne la plus recherchée des Etats-Unis, l'homme à abattre. Tout le monde veut sa tête, et non plus seulement le cartel de Cali. Les paramilitaires qui ont pris de l'importance dans le pays veulent aussi le tuer. Toutes ses organisations finissent donc par s'allier les unes aux autres pour faire tomber le baron de la drogue. Ils finiront par y arriver le 2 Décembre 1993. Et c'est ainsi que Pablo Escobar, le plus grand trafiquant de drogue de tous les temps, est assassiné.

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Maison dans laquelle Pablo a été assassiné, cela s'est produit de l'autre côté du bâtiment à la fenêtre

 En tout cas, j'ai vraiment adoré la visite et les anecdotes qui nous ont été distillées durant le tour. Cet aspect de la Colombie qui nous a été détaillé est à la fois effrayant et fascinant.

 

Et il semble que même aujourd'hui, les colombiens ont du mal à assumer cette période qu'a traversé leur pays. En effet, le sujet est parfois encore tabou car ce temps là n'est pas si ancien. En effet, il y a toujours une partie de la population de Medellin qui est nostalgique de cette époque, et qui est restée admirative de ce qu'a pu accomplir Pablo durant toutes ces années. Il s'agit surtout des classes populaires qui lui sont toujours reconnaissantess d'avoir investi de l'argent dans la rénovation de leurs quartiers et dans la création de lieux à usage public.

 Cela dit, heureusement, la majorité des colombiens ont réussi à tourner la page et ont consacré leur énergie à la destruction de la corruption dans la ville, et tant mieux, car aujourd'hui, Medellin paraît bien moins dangereuse, et le trafic de stupéfiants est moins important et surtout bien moins visible.

 

Le trafic de drogue qui existe aujourd'hui en Colombie est en effet bien différent. Aucune organisation n'est aussi importante qu'à l'époque du cartel de Medellin et de Cali. Et surtout, celles qui subsistent sont plus isolées. Ce sont maintenant les paramilitaires et les FARCs qui produisent la cocaïne en Colombie mais le pays n'a plus du tout le monopole sur la production et donc font beaucoup moins de profit qu'à l'époque des 2 cartels.

 Et c'est ainsi que s'achève le tour, nous sommes à quelques mètres de la tombe de Pablo Escobar et je prends une dernière photo. J'ai suivi tous les passages de sa vie contés par la guide avec beaucoup d'attention et il est clair que je comprends maintenant mieux l'histoire de la Colombie.

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Tombe de Pablo Escobar

Michael, dans le même temps, lui, a préféré aller à Guatapé, un lac situé à plusieurs dizaines de km de Medellin célèbre pour son rocher qui s'élève à une centaine de mètres au dessus de la ville de Penol. On peut accéder à son sommet via des escaliers ce qui permet d'avoir une vue superbe sur Penol et sur les îlots disséminés dans le lac de Guatape.

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Penol

On se retrouve ensuite en fin d'après-midi à l'auberge, nous mangeons alors un morceau sur place puis buvons quelques verres avant de rejoindre le centre-ville pour découvrir la vie nocturne locale qui est très réputée. Nous allons alors au Parque Lleras & Poblado, puis comme il s'agit majoritairement de bars, nous partons pour barrio Colombia où on trouve la plupart des night-clubs de la ville.

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 Il y a beaucoup de monde dans les rues et dans les discothèques, l'ambiance est très bonne en ce samedi soir. De notre côté, nous sommes un peu déçus par la première boîte qui est un peu à l'image des bals de province, un peu ringard à notre goût. Et puis surtout, l'ensemble de la musique que le DJ passe est d'origine latino et nous ne sommes pas prêts à enchaîner les pas de danse qu'il faudrait... Cela ne nous convient donc pas et nous quittons rapidement les lieux même si nous avons payé pour l'open-bar. Tant pis, pour la perte séche que nous a coûté l'entrée, nous ne reviendrons sans doute jamais à Medellin, et il serait trop dommage de rester sur un aperçu négatif.

Nous retentons donc notre chance dans une seconde discothèque. Cette fois l'ambiance est beaucoup plus agréable et correspond beaucoup mieux à nos standards européens. Au final, la soirée aurait pu être meilleure car nous avons un peu tergiversé pour trouver quelque chose qui nous convenait mais l'atmosphére nocturne qui règne à Medellin était quand même vraiment électrique.

C'est mon dernier soir en Colombie et je pense vraiment vouloir revenir ici pour découvrir le pays plus en profondeur et donc en ayant plus de temps devant moi.Mais malgré tout, l'objectif est atteint, car ces quatre jours passés à Medellin m'ont ouvert les yeux sur ce qu'est vraiment la Colombie et le pays vaut clairement la peine d'être visité. Il n'a rien à voir avec l'idée qu'on s'en fait en France, même s'il faut rester prudent, évidemment.