Le matin vers 9 heures, je monte dans une jeep qui nous emmène, moi  et beaucoup d’autres touristes, au bord de la rivière, puis je m’insère dans une longue file d’attente, inévitable, pour valider ma sortie du territoire.

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Laos vu de l'autre côté du rivage (Thaïlande)

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Barque qui nous emmène de l'autre côté du Mekong

Après cette formalité effectuée, je grimpe à bord d’une péniche qui doit traverser la rivière en largeur afin de nous transporter jusqu’au poste frontière de l’autre côté du Mékong. Je fais alors connaissance avec quelques touristes qui voyagent en groupe, puis après avoir validé mon entrée au Laos, j’achète quelques victuailles dans le petit village frontalier aux abords du bureau d’immigration. Il n’y a pas beaucoup de choix, mais comme il est prévu que nous voyagions en bateau pendant deux jours durant, il est plus raisonnable de ne pas embarquer sans quelques produits alimentaires pour combler les petits creux, surtout qu’il a bien été spécifié qu’il n’y a pas de restaurant à bord.  Cela étant, une escale dans une ville intermédiaire est tout de même prévue pour ce soir afin de nous reposer un peu, car nous naviguons toute la journée.

Durant cette longue après-midi, sous un soleil radieux, notre péniche se laisse donc emporter irrémédiablement au rythme des flots, le long du cours de la rivière du Mékong, et pendant ce temps-là, assis en face de deux autres touristes, je fais connaissance. Je découvre alors qu’ils sont en couple, l’homme est polonais, et la fille qui l’accompagne, française, mais tous deux vivent en Angleterre à Londres. Le garçon est trader financier à la city, alors que son amie, si je me souviens bien, est à la recherche d’un emploi comme institutrice. Bref,  comme le garçon polonais est très sympathique, et que je suis de nature assez curieuse, je lui pose alors quelques questions sur l’avenir économique du monde à moyen-long terme. En fait, je saisis l’occasion de parler de la crise que nous traversons à un spécialiste, afin de mieux comprendre la dimension de la récession et les réels enjeux de demain. Mais,  c’est assez amusant car au final, il ne semble pas comprendre précisément les mécanismes économiques dans leur ensemble et leurs conséquences  sur l’avenir car il se concentre uniquement sur son domaine d’activité et les parts de marchés qui y sont associés. Il n’a donc pas vraiment une vue globale sur l’économie actuelle, c’est d’ailleurs un fait intéressant, car c’est peut-être une des raisons de la crise d’aujourd’hui. En effet, car les traders n’étant jugés que sur une vision à court-terme, c'est à dire, à l’horizon des échéanciers de leurs investisseurs financiers, et n’ayant pas de vue globale sur le système, les conséquences économiques leur échappent parfois, et leurs activités sur le moyen-long terme sont donc parfois désastreuses… Mon avis est que, de nos jours, nous arrivons au bout de cette logique, et la crise ne fait que commencer, surtout qu’elle est généralisée… Enfin, à voir car je ne suis pas un spécialiste, évidemment ! Mais de toute façon, je n’ai pas revu mon jugement sur la question aujourd’hui, puisque mon compagnon de voyage du moment n’a pas d’opinion figée sur cette problématique malgré son appartenance au milieu de la finance.

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Les rives du Mekong sont restés assez sauvages

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Couple rencontré dans lle bateau

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Arrivée à Pakbeng

Bref, en tout cas, cette discussion fut très intéressante, et en fin d’après-midi, après avoir quitté le bateau pour la terre ferme à Pakbeng, je laisse mes compagnons de voyage du moment entre eux puisqu’ils voyagent en couple.

 

Sur la berge, je fais alors la rencontre d’un autre français, qui dit s’appeler Christophe - je découvrirais par la suite qu’il s’appelle en fait Eric, ce qui est assez bizarre… L’explication qui m’a été donnée est qu’il préfère Christophe parce que c'est le Saint patron des voyageurs…   - et comme il s’est blessé à la cheville ce matin, il a du mal à se déplacer, je l’aide donc à escalader les quais un peu boueux auxquels nous faisons face à notre arrivée. Puis ensuite, découvrant que nous voyageons tous deux seuls, nous décidons de nous faire alors déposer ensemble à un hôtel grâce à une navette-taxi mise à disposition dans le port.

Après avoir posé nos affaires dans le premier hôtel qui nous convient, nous mangeons ensuite dans un des restos du petit village de Pakbeng, pouvant ainsi faire plus ample connaissance. Je comprends alors assez vite que Christophe, parti en voyage depuis peu, a un budget plus faible que le mien. Mais cela dit, il ne semble pourtant pas se donner de limite autre que son budget, il ne sait donc pas combien de temps il va voyager ni où il veut aller, et il se laisse donc emporter par son voyage, en arpentant les chemins du monde au gré des rencontres et du hasard. Il m’explique d’ailleurs qu’il a l’impression de vivre un rêve car il ne se croyait pas capable de partir seul explorer le monde alors qu’il n’avait jamais quitté la France. Il semble donc s’être découvert des capacités insoupçonnées depuis qu’il a quitté le pays, et je comprends très bien ce sentiment, car le voyage a parfois cette faculté à faire émerger des ressources inattendues de notre personnalité. C’est d’ailleurs peut-être le point le plus important du voyage car au-delà des paysages, et des rencontres, le voyage est aussi et surtout une quête de soi-même, une recherche de notre identité profonde. Par conséquent, il peut nous changer radicalement dans nos convictions, et donc influer  sur nos choix de vie futurs. Mais heureusement, cela est toujours positif, car on ne peut vivre que mieux lorsqu’on est  en harmonie avec soi-même. Les voyages forment la jeunesse en somme !

Enfin, le parallèle avec mon voyage étant fait, je dois dire que j’ai trouvé Christophe assez courageux, car issu de la France profonde, ignorant tout de l’anglais, et ne disposant pas de repères pour un voyage international de cette dimension, ni d’un budget important, il est pourtant parti seul à plusieurs dizaines de milliers de km de chez lui, ce qui n’est pas rien ! D’ailleurs, je sens que d’une certaine façon, il ne voyage pas seulement pour explorer le monde, mais également pour se lancer un défi, et prouver à ses amis, ses proches et ainsi qu’à lui-même qu’il est capable d’accomplir de grandes choses, surtout qu’il a quitté son travail pour faire ce voyage.

Enfin, c’est assez drôle finalement car lorsqu’il me dit tout ça, cela me rappelle inévitablement mes premiers mois de voyage en Amérique du Sud et la sensation de liberté totale que je ressentais alors après avoir enfin quitté la France pour un si long périple…

 

Le lendemain après avoir passé une nuit pénible où j''aurais été la cible d'attaques de fourmis et de moustiques, je remonte dans le bateau en compagnie de Christophe, et de tous les autres touristes, eux aussi descendus au port pour la seconde partie du voyage. Pendant le trajet, je finis de faire connaissance avec mon compagnon de route, et en début de soirée, nous finissons par arriver à Luang Prabang, destination finale de notre périple en péniche.

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Arrivée à Luang Prabang

Après avoir quitté le bateau pour rejoindre la rive, nous partons ensemble à la recherche d'une auberge que nous trouvons rapidement, et à un prix raisonnable par chance. Puis nous faisons un petit tour au centre-ville près du marché traditionnel, et c'est à ce moment, que nous rencontrons une jeune française et un jeune israëlien qui semblent s'être rencontrés un peu plus tôt. Nous mangeons alors ensemble un buffet proposé par un marchand pour l'équivalent de 1 euro, ce qui est une vraie aubaine pour nous, et cela nous donne surtout un aperçu du niveau de vie des gens ici. Après cela, nous nous rendons à un bar populaire de la ville, Utopia, pour terminer la journée. La décoration ici est très réussie avec des lumières tamisées notamment et un très bon cadre puisque nous sommes aux abords du Mékong, nous passons donc une bonne soirée.

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Christophe fait ses emplettes

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Scorpions et serpents enfermés dans une bouteille, à déguster en liqueur...

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Marché nocturne central de la ville

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Peintures laotiennes

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Vente de textiles