Pour ma deuxième journée à Siem Reap, après un copieux petit-déjeuner, je décide d’aller explorer les temples d’Angkor, la merveille principale du Cambodge et de tout le Sud-Est asiatique en général !

Pour mieux situer ce complexe archéologique dans son contexte historique, il faut dire qu'il s’agit ici des vestiges de la civilisation Angkorienne appelée aussi Empire Khmer qui a régné sur le Sud-Est asiatique du IXe au XVe siècle. Et à ce titre, il faut tout de même savoir qu'à son apogée, au XIIe siècle, cet Empire était constitué d’une partie de la Birmanie à l’Ouest, s’étendait jusqu’au Vietnam à l’Est, incluait une partie de la Malaisie au Sud et l’intégralité du Laos au Nord. Des recherches récentes par satellite ont révélé qu’Angkor Thom – dont la population était estimée à un million d’habitants - était étendu sur plus de 1 000 kilomètres carré ce qui en faisait le centre urbain connu le plus vaste du monde préindustriel… !!!!

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L’Empire khmer, qui a construit sa domination sur la maîtrise et l’utilisation de l’eau, a ensuite décliné suite à des périodes de sécheresse. Surtout que l’Empire a alors une démographie excessive, rendant toute pénurie catastrophique pour sa population. D’autre part, certains experts disent que des inondations provoquées par des pluies torrentielles auraient anéanti leur système hydraulique très perfectionné mais trop rigide et peu résilient face aux intempéries.

Mais comme la chute d’un Empire comporte souvent de nombreuses causes, on peut aussi avancer la thèse de la décentralisation du royaume en un ensemble de petits fiefs disposant d’une autonomie relative, ce qui a eu pour conséquence d’affaiblir au fil du temps l’autorité d’Angkor. Phénomène qui a dû être amplifié par les changements de religion au cours de l'histoire (hindouisme, puis bouddhisme mahayana, et enfin theravada), et le recul du concept de dieu-roi, qui a aussi pu conduire à un affaiblissement de l’autorité du souverain et à un manque de travailleurs prêts à se dévouer pour sa cause.

Dernier point, il semble également qu’une épidémie de peste noire a dû atteindre l’Empire khmer au milieu du XIVe après avoir touché la Chine. Pour toutes ces raisons, on observe une certaine stagnation de l’Empire khmer au XIIIe et XIVe siècle après leur apogée à la fin du XIIe siècle (suite à la brève invasion d'Angkor par leurs ennemis, les Chams). La civilisation Angkorienne se trouve donc très fragilisé au XVe siècle et comme en parallèle, le royaume d’Ayutthaya prospère à l’Ouest et prédomine de plus en plus dans la région, il va accélérer la chute de l’Empire Khmer, provoquant en 1431 l’exode massif des khmers vers une autre capitale, Phnom Penh,suite à leur défaite totale sur le champ de bataille. Ainsi la renommée d’Ayutthaya est assurée suite à cette victoire retentissante !

Par ailleurs, la chute finale d’Angkor est probablement due aussi à la perte progressive de son importance économique et politique au profit de Phnom Penh qui, outre son éloignement relatif des envahisseurs siamois (thaïs), a su profiter de sa position sur le Mékong pour devenir un important centre de commerce.

 

Le déclin de l’Empire khmer est en tout cas très intéressant à analyser, car s’il se concrétise par une défaite militaire, son origine est toute autre, un peu à l’image de l’Empire romain qui avait basculé dans la décadence bien avant son effondrement final, qui fut lui aussi, militaire, face aux barbares de l’Est (les francs notamment !). En cause, dans le cas romain, la dépravation des mœurs, la généralisation de la corruption, la perte de l’identité romaine profonde (peut-être due à l’élargissement de l’Empire) et des crises politiques intérieures intestines, entre autres… Hé oui ! Toutes ces causes nous rappellent étrangement notre monde de nos jours, et cela laisse évidemment songeur… Alors l’Empire occidental, sous domination anglo-saxonne, maître du monde contemporain d’aujourd’hui, subira t’il le même sort que les Empires que nous venons de citer ? Personne ne le sait encore…

 

Bref, maintenant le décor planté, je peux maintenant passer à mon récit personnel. Après avoir loué un vélo à mon hôtel, je me dirige donc vers le gigantesque complexe au Nord.

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Ma carte du complexe d'Angkor, j'arrive du Sud et me dirige vers le Nord

Les distances séparant les sites archéologiques s’avèrent en fait plus longues que ce que je croyais, et du coup, assez surpris, je mets plus d’une heure à me rendre au premier d’entre eux, et non des moindres : Angkor Vat. Construit au début du XIIe siècle en tant que « temple d'État » et capitale, il est aussi le temple le mieux préservé d'Angkor et le seul à être resté un important centre religieux depuis sa fondation : initialement hindou et dédié à Vishnou aux débuts de l’Empire, il devient ensuite bouddhiste par la suite suivant ainsi l’évolution de la civilisation khmère.

D’ailleurs, ce temple, principal lieu touristique du pays, est devenu le symbole du Cambodge puisqu’il figure sur son drapeau national. Je commence donc mon exploration par le « gros morceau » du complexe archéologique et je suis par conséquent tout de suite impressionné par l’architecture khmère véritablement sophistiquée jusque dans les moindres détails des édifices mais toujours grandiose dans ses dimensions. La grandeur passée de la civilisation khmère ne fait donc plus aucun doute pour celui qui vient jusqu’ici pour découvrir ces magnifiques temples ! Je vous laisse en attester par vous-même avec ces quelques photos :

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Entrée d'Angkor Vat

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Je pose devant un petit point d'eau avec en arrière-plan Angkor Vat, dont on reconnait les formes

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Petit temple à l'intérieur d'Angkor Vat

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Escalier qui amène sur une des tours d'Angkor Vat, je ne pourrais pas y accéder à cause de mon débardeur...

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Petit stupa dans le parc, à proximité du temple majeur dans le complexe d'Angkor Vat

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Temple principal d'Angkor Vat très photogénique !

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Etant donné la taille de ce premier site archéologique, je passe une bonne heure à parcourir ses différentes salles et recoins ! Après cela, j'ai besoin de faire un break, je m’arrête donc quelques instants pour me désaltérer et me ravitailler dans un snack qui propose des grillades de poulet.

Ensuite, je remonte sur mon vélo et après avoir franchi la porte Sud d’Angkor Thom, j’accède à cet immense site archéologique, lui-même constitué de plusieurs temples majeurs dont notamment Baphûon, et le principal : Bayon ! A savoir qu’Angkor Thom devient la cité royale après Angkor Vat, c’est-à-dire à partir de la deuxième partie du XIIe siècle et après la conquête et la destruction d'Angkor par les Chams de l’Est. Son nom actuel, Angkor Thom, signifie d’ailleurs « la grande cité ».

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Petit temple à quelques hectomètres de la porte Sud d'Angkor Thom

A savoir aussi, pour mieux saisir l'étendue et les proportions du site archéologique d'Angkor Thom : l'ensemble a la forme d'un carré d'environ trois kilomètres de côté, et est entouré d'un rempart haut de 8 mètres bordé par des douves. Avec de telles dimensions, il est inutile de préciser que l’exploration de tous les recoins pourrait prendre toute la journée, je ne me concentre donc que sur les temples principaux !

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Porte Sud d'Angkor Thom

Et je commence donc ma visite par le temple central, Bayon, qui est aussi le palais des souverains khmers au début du XIIIe siècle. Ce fantastique monument avec ses tours aux visages multiples fut dédié par le souverain au Bouddha dont il diffusa la doctrine. Les décorations murales et les sculptures sont d'une exceptionnelle richesse.

D’autre part, il faut souligner que ce temple fut bâti à l'apogée de l'art bouddhique mahāyāna, ce qui explique entre autres qu’il ne ressemble pas vraiment à Angkor-Vat, qui est lui, d’influence hindoue (construit un siècle plus tôt). Visiter Angkor-Vat puis Angkor Thom, c’est finalement aussi constater l’évolution du style architectural khmer au fil du temps, au gré des changements de religion.

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Bayon, un temple somptueux, qui fut aussi accessoirementle palais royal à l'époque de l'Empire

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Une des nombreuses tours du temple, elle représente le visage du bouddha sur ces différentes faces

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Bayon, au centre du temple, à l'étage

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Autre vue du temple, à l'étage

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Sculpture murale, impressionnant !

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Bayon, vu d'en bas

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Tour principale au centre de l'édifice vue depuis l'étage, on ne peut pas y accéder pour ne pas détériorer

 Après la visite de ce magnifique palais, et aussi le plus impressionnant (à mon avis), je me dirige vers Baphûon, un autre temple majeur. Je m’approche donc jusqu’à l’entrée mais malheureusement un garde m’arrête et m’explique que je ne pourrais pas l’inspecter de l’intérieur car ma tenue vestimentaire n’est pas adéquate. Encore une fois, à l’image de ce qui s’est passé à Macao, je suis privé de visite à cause de mon débardeur qui froisse les règles d’usage bouddhistes… Dommage, je l'avais oublié ! Finalement, il semble que seule la Thaïlande bouddhiste semble tolérer le port du marcel. Sans doute sont-ils les plus habitués aux touristes occidentaux ?

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A l'extérieur de Baphûon, quelques pierres reposent sur l'herbe suite à l'écroulement de quelques structures mineures non restaurées

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Entrée de Baphûon

Par la suite, je continue l’exploration en franchissant la porte Est, je visite alors rapidement un autre petit site archéologique : Thommanon. Et j’en profite pour prendre un rafraîchissement au snack d’à côté, car il faut dire que la chaleur est accablante. Mais je ne vais pas m’en plaindre, car j’ai une météo superbe, ce qui est le plus important.

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Thommanon

Après cela, je me rends à Ta Keo où je prends quelques photos furtivement, puis ensuite, à Ta Prohm, puis Banteay Kdei, et enfin je me décide à faire demi-tour car il me reste alors pas mal de route à parcourir à vélo avant de rentrer à l’hôtel et je ne peux pas me permettre d’attendre la nuit tombée pour rentrer.

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Ta Keo

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Ta Prohm

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Quelques arbres multi-centenaires font partie intégrante du décor avec leurs racines épaisses qui recouvrent certaines portes du palais

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Toujours Ta Prohm

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A la sortie du palais de Ta Prohm, quelques mutilés de la guerre civile jouent à différents instruments

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Statue à l'effigie de bouddha à l'entrée du temple principal de Banteay Kdei

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Banteay Kdei

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Toujours Banteay Kdei

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Exposition de peintures à quelques hectomètres du temple de Banteay Kdei, j'en ai acheté une d'Angkor Vat, symbole de la civilisation khmère dans l'imaginaire collectif

Malheureusement, je n’ai pas tout vu, loin de là, car le complexe est gigantesque. Néanmoins, je suis tout à fait satisfait de ma journée, j’ai été ébloui par la beauté et la féerie des lieux que j’ai explorés. Et à ce titre, je pense sincèrement que les temples d’Angkor mériteraient de figurer parmi les nouvelles merveilles du monde moderne, et je ne suis d'ailleurs pas le seul à le prétendre ! D'ailleurs, en guise de preuve, il faut savoir que les plus grands archéologues du cinéma sont venus à Angkor fouiller ces magnifiques sites archéologiques : je parle bien sûr de Lara Croft dans le film Tomb Raider et d'Indiana Jones dans le Temple maudit, le deuxième volet de la saga de l'aventurier !

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Photo prise lors du retour au Sud du complexe d'Angkor Vat - on voit ici les douves qui bordent le palais, situé à gauche, mais non visible sur cette photo

Pour info, j’aurais pu revenir à Angkor le lendemain mais j’ai préféré acheter une entrée journalière à vingt euros plutôt que de prendre celle de deux jours qui coûte le double. Je ne reviendrais donc pas (en tout cas pas pendant mon tour du monde). Et tant pis, si j’ai raté quelques temples intéressants dont notamment Preah Khan, car je crois avoir de toute façon vu l’essentiel, et un jour supplémentaire aurait pu apporter une redondance non souhaitable.