Le matin, à sept heures, le type de l’agence vient nous chercher à notre auberge en moto et nous emmène à un abribus du centre-ville. Après avoir patienté une bonne heure à l’endroit qu’il nous a indiqué, nous commençons à nous interroger sérieusement sur l’heure de la venue de la navette pour Krabi… Krabi, qui est pourtant l’agglomération la plus importante de la région et qui est normalement très bien desservie par les bus depuis Ao Nang… Du coup, nous demandons aux gens autour de nous ce qu’ils savent des transports en commun ici, mais comme personne ne semble au courant de quoi que ce soit, nous décidons d’aller à l’office de tourisme pour nous renseigner sur les horaires. Comme il est encore tôt, nous devons à nouveau attendre jusqu’à neuf heures du matin pour l’ouverture du guichet.. Après ça heureusement, nous pouvons acheter un ticket pour le transfert, et un autre arrêt de bus nous est indiqué pour attendre la prochaine navette, enfin ! Quinze minutes plus tard d’ailleurs, une camionnette aménagée pour les touristes à l’arrière, s’arrête pour nous laisser monter à bord, et nous sommes donc à priori toujours dans les temps pour le transfert Krabi – Hat Yai prévu plus tard, ce qui nous rassure un peu. Nous arrivons donc à Krabi, à 18 km d’ici, en milieu de matinée, et nous pouvons alors monter dans un nouveau bus en direction de Hat Yai.

En début d’après-midi, nous arrivons à Hat-Yai, et je m’achète un nouveau ticket pour Penang en Malaisie. Nikita, lui, décide de rester sur place avec un autre français que nous avons rencontré ensemble à la gare. De mon côté, dans le minibus, je fais connaissance avec Lukas, un autrichien baroudeur, et le long trajet de transport terrestre nous laisse tout le temps pour échanger sur les vicissitudes de nos voyages. Au passage, la météo extérieure est terrible et cela ne laisse rien présager de bon pour les prochains jours... surtout qu'un indonésien dans le bus nous dit que nous arrivons au pire moment, car c'est la saison des pluies… Malheureusement je le savais déjà, mais ne pouvant m'organiser autrement, j'espérais être un peu plus chanceux...

Après le passage de frontière, nous arrivons à Georgetown, sur l’île de l’Etat de Penang en début de soirée. Je trouve alors assez rapidement une auberge de jeunesse avec Lukas, et une fois nos affaires à l’abri dans la chambre, nous faisons un petit tour en ville ensemble. Surtout dans l’idée de trouver un pub ou un lieu animé pour nous changer les idées après la journée de transport. Un japonais que nous avons rencontré dans notre hôtel se joint aussi à nous pour la sortie nocturne ! Nous sommes alors un peu déçus par l’ambiance en ville, car elle est clairement beaucoup moins festive qu’en Thaïlande, sans doute du fait de la population du pays qui est majoritairement musulmane et très croyante.

Et pire encore, après dix heures du soir, il semble y avoir comme un couvre-feu car la ville semble endormie… Après la pluie qui a duré des heures, ce n'est donc pas bien réjouissant... Cela dit, après avoir cherché un moment, nous trouvons un complexe constitué d’une multitude de restaurants qui propose, pour chaque établissement, différentes spécialités asiatiques, et à cette heure tardive, c'est donc un lieu idéal pour nous restaurer. Surtout qu'il y a du monde autour de nous, une ambiance sympa, et qu'il est même possible pour les touristes qui le souhaitent de consommer de l’alcool (ce qui n’est pas le cas partout). Nous commandons alors des pizzas et quelques bières pour célébrer notre arrivée dans le pays même si nous réalisons bien vite que nous devons être prudents avec les tarifs car les prix sont sensiblement plus élevés qu’en Thaïlande.  Enfin, cela étant, nous passons une bonne soirée tous les trois dans ce food-stall à discuter et à écouter les chanteurs asiatiques se succéder sur le podium à quelques mètres de nous. La soirée finit donc beaucoup mieux qu'elle avait commencé ! Tant mieux !

 

Le lendemain, pour ma première journée complète en Malaisie, je fais un petit tour en ville avec Lukas en début d’après-midi après un copieux petit-déjeuner dans un bistro du quartier touristique,. En début d'après-midi seulement, car il s’est encore mis à pleuvoir le matin... Je crois que je vais devoir m'y faire à mon grand regret... Et cela affecte évidemment ma perception du pays car je dois dire qu’avec cette satanée météo, ma première impression de la Malaisie est plutôt mauvaise…

Bref, pour revenir à la Malaisie, voici quelques infos sur la Malaisie, en vrac :

La Malaisie fait partie des 5 tigres asiatiques (nouveaux pays exportateurs d’Asie) avec l’Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam, et les Philippines. Elle est passée en 25 ans du stade de pays en voie de développement à celui de pays développé avec 30M d’habitants. Pour info, le malais de Malaisie moderne (ainsi que l’Indonésien du reste), s'écrit en alphabet latin, alors que pourtant, le malais classique, en Indonésie comme en Malaisie, s'écrivait avec l'alphabet arabe (du fait de l’influence arabe qui est importante ici comme en témoigne la religion d'État qui est l'islam du courant sunnite, observé principalement par la majorité malaise).

Pour l’histoire, au XVIe siècle, les Européens attirés par le commerce des épices arrivèrent après avoir cherché la route des Indes orientales pour supplanter le monopole arabe du commerce. Les Portugais, puis les Néerlandais et les Britanniques se sont successivement disputés le contrôle du détroit de Malacca (long couloir maritime situé entre l’île de Sumatra et la Malaisie). Le détroit de Malacca qui est en effet l'une des plus importantes voies de navigation au monde (il connaît un trafic équivalent à celui du canal de Suez depuis la mer rouge en Egypte). Il a donc pris une importance stratégique de premier ordre, puisqu’il constitue la principale route d'approvisionnement entre l'océan Indien et l'océan Pacifique, reliant quatre des pays les plus peuplés au monde : l'Inde, l'Indonésie, le Japon et la Chine. Ainsi, il a donc constitué un enjeu majeur pour les puissances coloniales au fil des siècles avant que la Fédération de Malaisie devienne indépendante dans le cadre du Commonwealth en 1957.

Pour ce qui est de la ville sur l'île de Penang (George Town), il faut savoir qu'elle fut fondée après la cession du territoire par les malais au profit de la Compagnie anglaise des Indes orientales en 1786. Depuis lors, son expansion n'a pas cessé même si aujourd'hui sa taille n'égale pas celle de Kuala Lumpur, la véritable mégalopole du pays. Mais dans le sillon de la croissance malaisienne, Penang se développe aussi de manière impressionnante depuis les années 1980, avec notamment l'industrie des semi-conducteurs et le tourisme en parallèle. Mais Penang est aussi renommée pour la richesse de sa cuisine, qui est le fruit de la rencontre de plusieurs influences (indienne, chinoise et malaise). Par ailleurs, à savoir aussi : deuxième ville du territoire malais, Penang est pourtant majoritairement habitée par des chinois car, avec le protectorat anglais et l'immigration continue de chinois depuis le XIXe siècle jusqu'aux années 1930, la ville s'est construite de manière très spécifique par rapport au reste du pays. Ce qui explique son caractère si particulier.

 

Malheureusement, ne disposant que de peu de temps à Penang, je ne verrais pas les monuments principaux comme le temple Kek Lok Si, pourtant remarquable (cf photo ci-dessous trouvée sur internet).

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Temple bouddhiste mahayana - Kek Lok Si

Mais je pourrais cependant noter quelques particularités de la ville issue de la colonisation anglaise et portugaise, comme notamment certains bâtiments qui ont conservé un aspect typique coloré sur quelques avenues. Et aussi, malgré mon timing assez serré dans la ville, je ressens assez bien la culture et la mentalité des malais qui sont très gentils, polis, mais qui semblent être assez sérieux et rigoureux. Une attitude dont l’origine pourrait se trouver d'une part dans leur religion d’Etat : l’Islam, mais aussi d'autre part par leur civilisation (asiatique) qui est assez discrète mais très efficace.

 

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Rue coloniale, dans le quartier touristique

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Lukas l'autrichien jardinier

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Mer du Détroit de Malacca

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Un des grattes-ciel du centre financier se situant à proximité de notre auberge

L’après-midi, après m’être acheté un ticket, je quitte à nouveau le centre-ville pour me rendre à la gare routière, destination la capitale : Kuala Lumpur ! La route est dégagée, et l’itinéraire se passe sans problème. Mais par hasard dans le bus, je fais la connaissance d’une jeune fille médium. C’est assez amusant, car elle me dit qu’elle peut communiquer avec toutes les personnes que je connais (mortes ou vivantes). Intrigué, je la mets donc au défi de le faire avec moi, en me donnant des infos sur une personne en particulier à laquelle je pense, malheureusement pour elle, cela ne semble pas très bien marcher…^^ Néanmoins, j'ai bien aimé discuter avec elle, car même si ce qu’elle dit est parfois un peu farfelu, elle a une opinion sans concession sur beaucoup d'éléments de notre société, et son point de vue se défend parfois tout à fait bien, comme notamment ses critiques assez justes sur la radicalisation de notre société à cause du matérialisme... D'ailleurs, elle clame que tout le monde dispose de pouvoirs, mais comme nous l'ignorons, car nous ne développons pas du tout notre spiritualité, nous n'en faisons pas usage... Bon... dur à croire quand même ! Mais de son côté, convaincue de posséder des pouvoirs surnaturels, elle se place dans le domaine du spirituel et semble même parfois comme possédée par une énergie étrange... Il y a donc un côté fascinant à écouter tout ce qu'elle dit (Mitterand croyait lui-même en l'astrologie, et il n'était pas fou), même si j’ai du mal à la croire. Enfin, malgré tout, dogmatique et sûre d'elle-même, je dois dire qu'elle est parfois proche de m'ébranler dans mes convictions.

Bref, j’arrive à Kuala Lumpur en soirée, et par chance je découvre que l’endroit où je descends est à quelques hectomètres des auberges de jeunesse de la ville. Mourant de faim, je décide d’abord de manger dans un Mc Donald’s avant de chercher un hôtel. McDo n’est évidemment pas un premier choix, mais n'ayant pas beaucoup d’autre alternatives autour de moi à cette heure tardive, et surtout n'ayant pas envie de chercher mieux, je m'en contente… Tout ça pour dire que la fameuse enseigne américaine a bien fait le tour du monde elle aussi... Par la suite, je me rends à China-Town à l'autre bout de la rue pour rejoindre un hôtel, et je suis alors surpris, car les rats grouillent de partout dans les petites ruelles. Il faut dire que c’est ici que les chinois préparent à manger la journée, et l'humidité attire inévitablement les rongeurs après qu’ils aient quitté les lieux, c'est-à-dire lorsque la pénombre de la nuit fait enfin son apparition. C’est d’ailleurs impressionnant car je les observe par dizaines dans la rue de mon hôtel, ce qui est assez dégoûtant…